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Portrait - Maud Reinalter

Portrait de Maud Reinalter, Chief Investment Officer,et membre du Comité Exécutif  de Belfius Asset Management


Dans le secteur de la gestion d’actifs, les femmes occupent diverses fonctions, chacune avec leur propre histoire. Nous voulons donner plus de visibilité à ces femmes, créer des modèles de rôle, inspirer les autres et, en même temps, adresser les stéréotypes sur le travail dans le secteur de la gestion d’actifs.

En juin 2026, nous avons parlé avec Maud Reinalter, Chief Investment Officer et membre du Comité Exécutif de Belfius Asset Management.

« Restez avant tout fidèle à vous-même. Il n’y a pas de « profil type » pour réussir en finance. Au contraire, c’est précisément cette diversité qui est enrichissante. »

Pouvez-vous vous présenter brièvement : quel est votre rôle actuel ?

Je suis Maud Reinalter, Chief Investment Officer et membre du Comité Exécutif de Belfius Asset Management. J’y suis responsable de la stratégie d’investissement.

Dans mon rôle, je travaille principalement autour de trois piliers : la stratégie d’investissement, où nous traduisons les tendances macroéconomiques en allocations d’actifs ; la gestion de portefeuille pour nos clients Private & Wealth ; et la sélection de fonds, où nous veillons à la qualité et à la performance des solutions proposées.

Par ailleurs, au sein du Comité Exécutif, je contribue à la mise en œuvre concrète de notre stratégie, avec un accent particulier sur la transformation, la gestion des risques et la conformité.

Comment êtes-vous entrée dans le secteur de la gestion d’actifs et comment votre carrière a-t-elle évolué ?

Mon parcours est né d’une passion pour les marchés financiers, que j’ai toujours perçus comme un carrefour entre l’économie, la géopolitique et l’impact sociétal. Après des études en finance et en économie, je me suis orientée vers le secteur de l’asset management, notamment grâce à mon professeur de gestion de portefeuille.

Au fil de ma carrière, j’ai construit mon expertise autour de la gestion actions et de l’allocation d’actifs, en travaillant à la fois en gestion active et dans la construction de portefeuilles multi-actifs. Cette expérience m’a appris à naviguer dans un environnement incertain – qu’il s’agisse de crises financières ou de chocs géopolitiques – tout en gardant le cap sur les objectifs des clients.

Parallèlement, je me suis progressivement développée sur les dimensions de leadership et de transformation. J’ai pris au fil du temps davantage de responsabilités, tant dans le management d’équipes que dans la conduite de projets stratégiques, en apprenant à fédérer autour d’une vision commune.

Aujourd’hui, dans mon rôle de CIO, je combine cette expertise technique avec un style de leadership collégial, où la collaboration et l’agilité occupent une place centrale.

Qu’est-ce qui vous attire dans votre métier et dans le secteur de la gestion d’actifs ?

Ce qui me passionne particulièrement dans mon rôle, c’est la combinaison entre impact et défi.

Les marchés financiers sont, pour moi, un véritable miroir de ce qui se passe dans le monde – qu’il s’agisse du climat, de la technologie ou de la démographie. En tant que gestionnaires d’actifs, nous traduisons ces tendances en opportunités d’investissement et, en parallèle, nous finançons aussi des projets très concrets, comme les énergies renouvelables ou des infrastructures durables. Mais il y a également une dimension très humaine : derrière chaque portefeuille, il y a un projet de vie, comme préparer une retraite ou financer des études. C’est cette dimension client qui donne du sens à ce que nous faisons.

Il y a aussi toute la dimension du défi intellectuel. Nous prenons en permanence des décisions dans un environnement incertain et volatil, marqué par des tensions géopolitiques et des évolutions de politiques monétaires. Cela demande à la fois de la rigueur analytique et de la flexibilité, ainsi que la capacité à garder une vision de long terme. Et comme le secteur évolue rapidement – sous l’effet de la digitalisation, des enjeux ESG et des attentes changeantes – nous devons aussi nous adapter en continu.

C’est justement cette combinaison entre réflexion, prise de décision et impact concret qui rend ce métier, à mes yeux, particulièrement stimulant et unique.

Quels défis avez-vous rencontrés, notamment en tant que femme ?

Le secteur financier, et en particulier l’asset management, reste un environnement où les femmes sont encore sous-représentées, surtout dans les fonctions d’investissement. Je l’ai également ressenti dans mon propre parcours.

Ce qui m’a notamment frappée, c’est que les femmes ont parfois tendance à se fixer des barrières inutiles. Il y a souvent cette attente de se sentir pleinement légitime ou de cocher toutes les cases avant d’oser se lancer, alors qu’en réalité, c’est justement en franchissant le pas que l’on saisit des opportunités.

Il m’est aussi arrivé de devoir démontrer davantage ma crédibilité que mes homologues masculins. Cela m’a appris à prendre ma place d’une manière qui me correspond, sans chercher à me conformer à un modèle prédéfini.

Aujourd’hui, j’essaie d’encourager les femmes à développer plus rapidement cette confiance en elles, notamment en construisant activement leur réseau, avec des pairs et des mentors. Très souvent, ce sont ces connexions qui ouvrent des portes.

Enfin, il me paraît essentiel de rester fidèle à soi-même. Il n’existe pas de “profil type” pour réussir dans la finance. Au contraire, la diversité des parcours et des personnalités enrichit la prise de décision, un point également soutenu par les enseignements de la finance comportementale.

“Le secteur a besoin de profils diversifiés pour continuer à innover et progresser. »

Quelles sont les compétences clés dans notre secteur et votre rôle ?

Pour moi, il y a un certain nombre de compétences qui sont vraiment essentielles, et qui se renforcent mutuellement.

Une base importante est la rigueur analytique, combinée à une bonne compréhension du contexte macroéconomique. Il s’agit de savoir évaluer les risques, construire des scénarios d’investissement solides et bien comprendre les interdépendances entre les marchés.

En même temps, ce métier implique de prendre des décisions dans un environnement par nature incertain. Les marchés sont imprévisibles, il faut donc apprendre à naviguer dans cette incertitude sans perdre en discipline. Cela suppose de s’appuyer sur des données solides et de garder une vision de long terme. L’humilité est également essentielle : personne n’a toutes les réponses, et les marchés nous le rappellent régulièrement.

Enfin, le leadership et la communication jouent un rôle clé. Une bonne stratégie d’investissement ne se construit jamais seule, mais dans le dialogue avec différentes équipes – analystes, gérants de portefeuille et experts ESG. Il est donc important de pouvoir expliquer des idées et des concepts complexes de manière claire, tant vis-à-vis des clients qu’en interne.

Cela demande aussi de l’agilité, pour adapter son style de leadership aux nouvelles générations et aux attentes changeantes des investisseurs, notamment en matière de transparence et de durabilité.

Y a-t-il des idées reçues sur notre secteur que vous souhaitez corriger ?

Il existe en effet encore un certain nombre d’idées reçues sur notre secteur, qui méritent d’être nuancées.

On a souvent l’image d’une finance très technique, déconnectée de l’économie réelle. Alors qu’en réalité, c’est plutôt l’inverse : notre métier consiste à financer l’économie, qu’il s’agisse d’entreprises, de projets d’infrastructure ou de la transition énergétique. Chaque décision d’investissement a donc un impact concret.

Je constate aussi qu’on pense encore souvent qu’il faut correspondre à un certain “profil type” pour réussir dans ce secteur, avec un parcours très linéaire ou un tempérament parfois perçu comme plus “agressif”.

Dans les faits, c’est justement l’inverse : la diversité est une véritable force. Des parcours variés – en économie, en ingénierie ou encore en sciences sociales – apportent des regards complémentaires, essentiels pour appréhender la complexité des marchés.

À mes yeux, il est important de déconstruire ces représentations, car elles peuvent freiner l’inclusion et limiter la créativité des équipes. Le secteur a justement besoin de profils diversifiés pour continuer à innover et progresser.

Quel conseil donneriez-vous à d’autres femmes intéressées par une carrière dans notre secteur ?

Je voudrais partager trois conseils, basés sur mon expérience personnelle.

Pour commencer, osez vous lancer, même si vous ne vous sentez pas encore totalement prête. La confiance en soi se construit surtout en agissant. Il ne faut pas attendre d’avoir l’impression de cocher toutes les cases, mais savoir saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent.

Il est également essentiel d’investir dans son réseau et de chercher des mentors. Échanger avec des modèles inspirants, femmes ou hommes, et participer aux initiatives du secteur peut ouvrir de nombreuses portes. Les opportunités naissent très souvent de ces rencontres et de ces échanges.

Enfin, restez avant tout fidèle à vous-même. Il n’existe pas de formule unique pour réussir dans la finance. Votre authenticité est une véritable force, que vous soyez plutôt analytique, empathique ou orientée résultats.

Qu’auriez-vous aimé savoir au début de votre carrière ?

Il y a deux enseignements que j’aurais aimé entendre plus tôt.

Le premier, c’est que la confiance en soi se construit progressivement. On ne naît pas avec une assurance inébranlable. Elle se développe en prenant des responsabilités, en osant faire des erreurs et en sortant consciemment de sa zone de confort. Avec le recul, ce sont précisément ces expériences qui renforcent le sentiment de légitimité.

J’ai aussi appris que les erreurs font pleinement partie du processus d’apprentissage. En asset management, comme dans d’autres domaines, l’échec fait partie du parcours. Une mauvaise décision n’est pas un drame, mais une opportunité d’ajuster sa stratégie et de progresser.

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